Le slam comme outil pédagogique 1


German-language Poetry Slam Championships 2010

Préambule

« L’individu est premier alors que se sont les autres et la société qui l’élèvent à sa propre humanité à travers le langage » Kerry Whiteside

Objectif : Appréhender par l’expérience les enjeux du Slam de Poésie pour mieux l’utiliser en tant qu’outil pédagogique.

 

Compétences visées

→ Savoir se positionner soi-même face à un exercice de création.

→ Savoir développer son Imaginaire.

→ Savoir développer et utiliser ses compétences d’écriture.

→ Savoir utiliser son écrit au service d’une performance orale.

→ Savoir construire une performance orale cohérente avec son écrit.

→ Savoir gérer la prise de parole en public.

 

Modalités de travail

→ Première phase : lecture collective de textes.

→ Deuxième phase : création écrite

→ Troisième phase : restitution orale des écrits

L’atelier d’écriture slam inscrit d’emblée l’écriture dans une pratique éclectique et décloisonnée.

Le slam ne se caractérise pas par un genre unique mais par l’addition, le collage, le mélange de toutes les richesses de la langue orale comme la mise en voix, la tonalité, le souffle, le rythme et de tous les styles d’écriture : poésie, chanson, hip-hop, forme narrative, personnification, improvisation.


 Pourquoi ?

En tant qu’humains mortels et uniques, nous sommes tous confrontés à une quête identitaire, le fameux « Qui suis-je ? ». L’écriture créatrice et sa mise en scène poétique participent à cette quête de rencontre avec soi. Elle permet aussi, souvent par surprise, la découverte de cet autre soi en nous, toujours en devenir et riche de possibilités insoupçonnées.

Parce que « quand je crée, je me crée », la création artistique est un appel à l’ouverture de nouvelles fenêtres et au dépassement. Comme une invitation à un voyage…Honoré de Balzac disait « Ecrire, c’est vivre un délicieux voyage, embarqué sur un mot »…

  • Dans le temps où il crée, l’être humain se sent bien. S’allège le poids des soucis quotidiens et dans la création d’une « œuvre » disparaît le sentiment d’être « désœuvré ».
  • Le concept de contrainte créative dans l’écriture, participe au développement des facultés d’adaptation et de réactivité face aux contraintes du réel et des imprévus dans la vie.

Le patrimoine culturel propre vit, est valorisé, se transmet, et se nourrit ainsi d’autres expériences auxquelles il n’aurait jamais eu accès. Il reste toutefois le fondement de l’individu, toujours présent, intact, mais entouré d’un autre patrimoine, celui-ci collectif.

Elle permet aussi de maximiser les chances de faire passer le « spectateur » au statut « d’acteur artistique » et de lui donner la possibilité de transmettre à son tour son expérience et sa vision, nourrie par la variété des approches de la création qu’il aura rencontrées.

« Regarder est le contraire de connaître. Le spectateur se tient en face d’une apparence en ignorant le processus de production de cette apparence ou la réalité qu’elle recouvre. » (Jacques Rancière, Le spectateur émancipé)

 

LE SLAM

Une pédagogie de la créativité – Nicole Derda & Sébastien Gavignet

Slam et pédagogie

Concepts pédagogiques soutenant le slam

A l’origine, les pédagogies traditionnelles orientales et occidentales plaçaient la notion de « savoir à inculquer » au cœur des méthodes et pratiques d’éducation. Mais vers 1900, John Dewey, pédagogue américain, propose une méthode basée sur l’apprentissage par la réalisation concrète, pour intégrer des savoirs nouveaux et développer des compétences.

Par la suite, en France et vers 1920, Célestin Freinet, psychologue, propose des méthodes pédagogiques dans lesquelles l’élève est actif, travaille librement et parfois en groupe, dans un climat de confiance et de compréhension réciproque entre professeurs et élèves. L’efficacité des méthodes incluant le jeu et le plaisir à apprendre en jouant  est alors démontrée.

Cette pédagogie place l’élève (ou l’adulte en situation d’apprendre) en tant que partenaire dans l’apprentissage et non plus seulement en tant que réceptacle d’un savoir. En 1964, il déclare : « La voie normale de l’acquisition n’est nullement l’observation, l’explication et la démonstration, mais le tâtonnement expérimental, démarche naturelle et universelle ».

En Chine, des pédagogues modernistes œuvrent de leur coté à une plus grande prise en compte de ces découvertes dans l’évolution de leurs méthodes et outils pédagogiques.

Depuis les travaux de ces chercheurs et d’autres pédagogues dans le monde, orient comme occident associent les deux pédagogies selon les objectifs à atteindre : parfois absorber des savoirs et des enseignements classiques et à d’autres moments développer l’esprit d’innovation et de créativité des élèves (ou des adultes en formation). Ceci dit plus poétiquement : « remplir des cruches et/ou allumer des lanternes ».

Le slam, outil pédagogique qui propose des ateliers d’écriture et des scènes de poésie, invite les participants à porter librement leur parole poétique et leur vision poétisée du monde, se situe d’avantage dans un allumage joyeux des lanternes…

Le postulat de base est humaniste, il affirme que chacun peut devenir une personne compétente, pas seulement par la réussite à des examens scolaires. Le but visé est un développement harmonieux des savoirs, capacités et personnalités de chacun.

Animer des ateliers d’écriture slam

>>> Voir le fichier Atelier écriture Slam (format PDF, 3 pages, 149 ko)

Imaginaire et écriture créatrice

Ces réflexions s’appuient sur mes expériences professionnelles de psychologue par l’art (art-thérapeute) et une écoute de mes propres processus d’écriture poétique.

Déjà Albert Einstein affirmait que « L’imagination est plus importante que le savoir ». Parce que nous croyons que l’imaginaire précède la pensée et l’action, le but des ateliers de slam est d’abord de développer l’imaginaire des participants.

Il s’agit d’une démocratisation de la Culture et d’un accès à cette Culture, au sens du développement de l’esprit.

Rencontrer et développer son imaginaire, c’est rencontrer et développer son être, ses capacités de mobilité intérieure, ses ressources internes, son jugement esthétique et éthique, son unicité.  Une personne qui ne met pas en œuvre son imaginaire est une personne peu libre, et souvent en souffrance. Si nous voulons avoir un esprit critique, un discernement, une position dans la société, il est nécessaire de nous ouvrir à  la dynamique de notre imaginaire en nous « entraînant » à la mettre en œuvre.

Ecrire à partir de son imaginaire c’est donner naissance, c’est proposer une forme qui va être mise au monde, c’est un pont entre le présent et l’avenir.

Grace à notre imagination, nous désirons, nous faisons des projets.

Mais n’oublions pas que l’imaginaire est au cœur du réel. La preuve ? Les scientifiques et les chercheurs imaginent constamment des hypothèses.  Imaginer, créer, c’est parvenir à quelque chose de nouveau à partir des limites et contraintes actuelles.

Les ateliers et scènes slam proposent aux participants un espace de jeu et de travail leur permettant de rencontrer leurs ressources personnelles, d’interroger leur présence au monde, d’y trouver et y faire entendre leur voix.

L’expression y est toujours libre, quelque soit le propos et le style du poète.

Bien-sûr le slam est l’occasion d’un authentique travail d’écriture, mais pas seulement… Dans le slam, co-existent l’espace du rêve et l’espace de la réalité par l’entremise du jeu du corps. Les images poétiques sont réfléchies intellectuellement par le nécessaire choix des mots pour les nommer, mais elles auront à s’incarner lors de leur représentation dans l’espace scénique.

En tant qu’humains mortels et uniques, nous sommes tous confrontés à une quête identitaire, le fameux « Qui suis-je ? ». L’écriture créatrice et sa mise en scène slam participent à cette quête de rencontre avec soi. Elle permet aussi, souvent par surprise, la découverte de cet autre soi en nous, toujours en devenir et riche de possibilités insoupçonnées.

Parce que « quand je crée, je me crée », le slam est un appel à l’ouverture de nouvelles fenêtres et au dépassement. Comme une invitation à un voyage…Honoré de Balzac, célèbre écrivain français du XIXème siècle, nous disait « Ecrire, c’est vivre un délicieux voyage, embarqué sur un mot »…

Dans le slam, l’imaginaire est en action, ouvrant et créant notre être en perpétuel devenir.

Utilité humaniste et sociale du slam

Dans le temps où il crée, l’être humain se sent bien. S’allège le poids des soucis quotidiens et dans la création d’une « œuvre » disparaît le sentiment d’être « désœuvré ».

– Par le travail sur la prise de parole en public, l’aisance verbale, la communication, nous pouvons participer à l’amélioration de la communication et de l’expression des personnes, avec des effets positifs sur les troubles relationnels.

– En contrepoint des exclusions sociales, la découverte de nouvelles compétences reconnues par un groupe développe la confiance en soi et renforce le sentiment d’appartenance à une communauté, celle des slameurs.

– Le jeu est un médiateur qui permet d’expérimenter sans danger, de symboliser dans un cadre artistique des mouvements de vie ou de mort.

Par la possibilité de mettre des « mots » sur les « maux » (de colère, de tristesse, d’impuissance…) sont améliorées les capacités à gérer les moments de crise et de stress dans la vie. Les émotions ressenties sont verbalisées, diminuant les passages à l’acte douloureux.

– Sur le plan de l’image de soi, les applaudissements intenses du public ou des participants de l’atelier, les notes de cœur des jurys lors des tournois peuvent renforcer le sentiment d’être une personne aimable et valable. De même que l’accueil bienveillant de l’animateur d’atelier peut rassurer et réparer des blessures narcissiques.

– Le coté « engagement dans un processus créatif concret», permet aux personnes peu incarnées, passives par excès de rêverie de réaliser une œuvre et donc de se réaliser dans une manifestation impliquant du réel. La personne va pouvoir inscrire ses désirs dans le corps du langage parlé.

– Par le surpassement et la transformation d’émotions fortes telles que la peur (de dire ses propres mots, de parler en public, de s’exposer…), peut augmenter la confiance en ses capacités de réussir et de gagner.

-Le concept de contrainte créative dans l’écriture, participe au développement des facultés d’adaptation et de réactivité face aux contraintes du réel et des imprévus dans la vie.

– Par l’optimisation de la créativité et des facultés à imaginer du nouveau, les aptitudes à changer sa vie, à transformer, à innover et à évoluer sont stimulées.

– Et du côté du public, n’oublions pas que le slam offre aussi un spectacle total et vivant, impliquant pleinement. Le spectateur comprend, ressent, reconstitue, et pour une part « invente » le poème dit par le slameur. Les images des slameurs le touchent et l’invitent à aller au-delà.

Et comme nos sociétés nous confrontent parfois au manque de rêve, de désir, de sens… la pensée opératoire et répétitive gouverne souvent. En complémentarité, il nous semble nécessaire de proposer des actions favorisant le développement de l’imagination et des capacités créatrices au plus grand nombre : enfants, adolescents, adultes…

Prenons donc la parole poétique pour nous-mêmes, et ne la lâchons plus ! Et proposons des ateliers et des scènes de slam aux autres pour que l’envie de slamer se transmette et ne les lâche plus !

Bienvenue dans cette longue chaîne des animateurs de slam, écrivains et public du slam, communauté hautement vivante et créative dans le monde entier… ou presque !

Crédit : Auteur(S) :Very Quiet – FlickrCC BY-SA 2.0


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