Séverine Vidal, femme de cœur et de conviction


Auteur(S) : Clotilde Chauvin ; Sophie Pincet

Rencontre confinée

Cette fois encore, la réunion du mercredi des Profsdocs de la Mlf est devenue un rendez-vous chargé d’émotions, avec la rencontre de l’autrice et scénariste de bandes dessinées Séverine Vidal. Nous reprenons dans ces lignes l’essentiel de cette rencontre auquel nous avons souhaité ajouter quelques coups de cœur. Encore merci à notre invitée pour ce temps de partages riches et chaleureux.

Les livres confinés

Soleil glacé, un succès

Sorti le 5 mars 2020, juste avant le confinement, ce roman doit son titre oxymore à un emprunt, nous raconte Séverine: une résidente d’un foyer pour adultes handicapés dans lequel l’autrice animait des ateliers d’écriture était terrifiée à l’idée de parler d’elle, et fut rassurée quand on lui expliqua qu’elle pouvait inventer des mots… ce qui engendra ce bel oxymore. C’est l’histoire d’une rencontre entre deux personnages, Luce, glaciale de prime abord, se cachant derrière l’absence d’émotions et Pierrot, le lumineux , sensible et naïf…

Présentation du roman sur le site Lisez.com

L’article du site Babelio

Télérama lui attribue les 3T avec une belle critique de Michel Abescat (article accessible aux abonnés Télérama)

Séverine Vidal a travaillé avec Clémence Monnet qui a également illustré Hector et les bêtes sauvages de Cécile Roumigière que nous avions eu le bonheur de rencontrer la semaine précédente (voir l’article de la rencontre) et qui a rendu possible ces échanges avec Séverine. Merci à elle !

Le petit secret

  • Le petit secret est sorti le 19 mars 2020, juste au début du confinement, aux Éditions des Éléphants. « Qu’on soit d’ici, qu’on soit d’ailleurs, et si chacun avait un petit secret ?« 
  • Description sur le site de l’éditeur : feuilletage (3 pages) en bas de page

Une écriture généreuse et sans fard

« Je ne me limite pas du tout à un type de sujet ! c’est ça que j’adore dans la littérature jeunesse, on n’a pas de frein, on peut parler de tout.»

Thèmes des sans-papier, des discriminations, des relations familiales douces mais aussi complexes et douloureuses parfois, ce n’est pas une littérature pour la jeunesse complaisante ni des contextes empreints de légèreté que propose Séverine Vidal aux jeunes lecteurs et aux adolescents. Écrire pour tout dire, parfois pour rire aussi, Séverine veut que ses lecteurs perçoivent qu’elle écrit à partir de la « vraie vie ». Et c’est très réussi !

Nos cœurs tordus

Séverine nous précise que le livre connaît déjà un tome 2 et qu’elle prévoit un 3e tome, qu’il a gagné le prix des jeunes lecteurs libanais. Ce roman écrit à quatre mains avec Manu Causse se passe dans une ULIS (Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire) au collège et parle du handicap mais pas seulement… Le narrateur est porteur de handicap mais il s’agit avant tout d’une histoire d’amitié et d’amour sur fond de cinéma.

Pëppo

Sorti chez Bayard en 2018, Pëppo est recommandé comme lecture coup de cœur par le journal 20 Minutes du 02/08/2018 : « Vous aimez les histoires originales, les personnages atypiques, les plumes franches, les émotions en pagaille. Alors, il vous faut Pëppo! « 

Paru aux éditions Bayard en 2018

Séverine nous explique la genèse de ce roman : c’est un univers foutraque et drôle peuplé de personnages cabossés, issu d’un rêve de son mari qu’elle a ensuite repris et retravaillé plus d’un an après, le temps de la maturation.

Plus tard

Présentation de son dernier album « Plus tard » sur le site ActuaLitté

Une page de son dernier album « Plus tard » sorti le 30 août 2019

Les papiers d’Omar

« Une histoire et … Oli » sur France Inter avec Sophia Aram : Les papiers d’Omar

Séverine nous explique qu’il s’agit de la reprise d’un projet datant de 2010 et nous parle de ses 12 ans d’enseignante en élémentaire. C’est dans ce contexte qu’elle tire la matière de son livre, l’histoire vécue d’un agent de nettoyage sans-papier aidé par l’équipe enseignante. Ce projet est ensuite repris et complété par Sophia Aram.

Les papiers d’Omar offre beaucoup de possibilités d’exploitation pédagogique : thème des sans-papiers, des griots, des traditions orales, de l’Afrique, des migrants…

Les Bandes Dessinées

Séverine a écrit beaucoup de bandes dessinées essentiellement pour la jeunesse mais elle en produit désormais beaucoup pour les adultes. Elle prévoit de se consacrer essentiellement à la bande dessinée l’an prochain.La maison de la plage : une BD autour de la famille et de la transmission, l’histoire d’une maison en Loire Atlantique que l’on suit sur 3 générations. Une collaboration avec un illustrateur espagnol, Victor Pinel avec qui Séverine avait déjà réalisé Rose et en collaboration actuellement sur le titre Le plongeon.

Propositions de couverture de Victor Pinel pour Rose

Les livres à venir

Dans le roman, Nils et le peuple des nuages dont la sortie est prévue durant ce mois de juin, Séverine aborde le thème des préjugés sur les gens qui voyagent. Elle a fait appel au même personnage de Nils, qu’elle a invité d’un roman à l’autre, en le faisant grandir pour l’intégrer dans ce roman pour préado (voir BD ci-dessous)

  • L’été des Perséides : un roman pour ados à paraître en janvier 2021 chez Nathan Jeunesse (Collection Roman Grand format). Le roman est inspiré d’un scénario imaginé par son frère pour un film qui n’a jamais vu le jour. En jachère depuis 2016, elle évoque la difficulté du travail et de l’inspiration. Incapable d’écrire pendant deux ans, puis accompagnée par son éditrice, Séverine a pu en reprendre l’écriture. La couverture sera une création de son fils, graphiste. C’est donc une fiction autour d’une histoire de famille et de transmission, mais aussi une véritable histoire de collaboration familiale dans sa réalisation.

L’écriture en marche

Naviguer en écriture

Quand Cécile demande à Séverine « comment navigues-tu en écriture? » :

En amont, répond Séverine, on a l’impression que je ne fais rien, mais « ça bosse là-haut »! Elle travaille avec de grandes feuilles de couleurs, parfois une par personnage, et elle élabore ensuite un plan qu’elle respectera ou pas, mais qui la rassure. Elle utilise parfois de grands tableaux de repères chronologiques qui l’aident à se repérer dans la temporalité. Elle les affiche dans son bureau et complète avec des fiches plus détaillées qu’elle étale par terre sur le plancher de son bureau.

Pour le travail sur son roman L’été des Perséides dans lequel foisonnent personnages et rebondissements, elle constitue un puzzle avec des petites fiches qu’elle déplace à l’envi.

Quand il s’agit d’une écriture à plusieurs, elle ne peut pas se permettre d’être aussi brouillon. Son travail est alors plus cadré, nourri d’échanges. Mais c’est vraiment dans le fouillis que Séverine se retrouve le mieux, apposant des touches de fluo partout.

La vie de ses livres

  • Pour ses romans, Séverine évoque un patchwork de vécu (le sien ou celui d’autres personnes), d’émotions liées à son enfance et à sa vie, et de quelque chose de mystérieux qu’elle ne peut définir. Elle même s’y perd et ne sait plus ce qu’elle a écrit , surtout lorsque l’écriture est à plusieurs mains, tout alors se brouille. Elle n’anticipe pas sur la construction et ne planifie pas. Le déroulement s’impose tout seul, au fil de l’écriture : le plan explose en route, les personnages l’emmènent avec eux ailleurs. « Ce n’est pas une posture », nous précise Séverine. Et c’est ce moment où la production d’écriture lui échappe, où l’histoire bascule et prend un chemin oblique, qui lui plaît!
  • Quelques-uns de ses livres sont parus en format numérique uniquement, avec l’éditeur La Souris qui raconte : les livres sont pensés dès leur création pour un usage en numérique, ils ont un côté interactif et ludique avec des petits jeux. Par exemple, Je suis le nombril du monde

  • Son ressenti d’écrivain quand un de ses livres n’est plus édité est surtout teinté de tristesse. C’est parfois une mauvaise nouvelle s’il s’agit d’un livre récent qui n’a pas trouvé son public.
  • Séverine est très attachée à ses personnages mais elle conçoit que si un livre a été écrit il y a longtemps, les personnages ont eu leur temps de vie… Il peut aussi arriver, nous dit Séverine, qu’avec le recul, elle réalise qu’elle ne réécrirait pas une histoire de cette manière.
  • Pour exprimer cette frustration dans le cas d’un livre qui n’a pas trouvé son public, Séverine reprend une formule de Thomas Scotto : sans lecteur, il n’y a pas de livre, il devient un bout de papier qui ne sert à rien…

Les collaborations

  • Comment s’articule le partenariat avec les illustrateurs? C’est une sorte de partie de ping-pong entre l’auteur et l’illustrateur/trice qui ne se connaissent pas forcément : échanges par mail, propositions de crayonnés… Avec un enjeu supplémentaire dans les échanges avec les éditeurs : collaboration tripartite (auteur/trice et illustrateur/trice) : certains travaillent de façon particulière avec des codes couleurs
    • bleu : à reformuler
    • vert : ajout d’un mot, d’une phrase
    • rouge : à supprimer

  • Certains livres de Séverine sont traduits dans de nombreuses langues : anglais, allemand, espagnol, coréen, russe, hongrois, italien mais pas encore arabe. Séverine aimerait aussi le suédois (pour des raisons familiales) mais les auteurs n’ont pas la main sur les traductions.

Le petit cadeau de lecture en écho

Cécile Roumiguière et Séverine Vidal lisent un extrait de leur dernier roman

  • Filles de la Walïlü (Cécile)
  • Soleil glacé (Séverine)

Les ateliers d’écriture

Séverine anime également des ateliers d’écriture dont vous trouverez la description et les modalités ci-dessous:

Propositions d’animations autour du livre (PDF, 3 pages)

Liens et références